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Yahoo snobe toujours Microsoft

Auteur : Anthony BONDAIN

Source : http://lejdd.fr

Le californien Yahoo a fait fi d'un ultimatum de son compatriote Microsoft le sommant de discuter mariage. Désormais, le propriétaire du système d'exploitation Windows va devoir choisir entre passer en force, jeter l'éponge ou courber l'échine et relever le prix de son offre initialement fixé à 44,6 milliards de dollars. A Wall Street, les paris sont ouverts...



Après la cacophonie des dernières semaines entre Microsoft et Yahoo, c'est le silence qui dominait depuis trois jours. Celui de Yahoo en l'occurrence, qui a dédaigneusement laissé expirer sans réagir l'ultimatum lancé par le groupe dirigé par Steve Ballmer. Celui-ci avait donné jusqu'au 26 avril à l'entreprise californienne pour venir à la table des négociations afin de tenter d'organiser leur rapprochement, sur la base de l'offre d'acquisition lancée par Microsoft il y a quelques semaines.

Peine perdue, puisque Yahoo a fait la sourde oreille. Microsoft, qui cherche à contrer la présence grandissante de google sur internet, avait proposé il y a plusieurs semaines de racheter le groupe californien dirigé par Jerry Yang pour l'équivalent de 44,6 milliards de dollars par une combinaison d'actions et de liquidités. Un rapprochement que Yang ne voyait pas d'un si mauvais oeil, mais dont il attendait un meilleur prix. Steve Ballmer a pourtant encore martelé la semaine dernière que son offre valorisait correctement Yahoo et qu'il ne souhaitait pas aller au-delà. Du reste, comme l'action Microsoft a baissé depuis l'annonce du projet, celle-ci ne représente plus "que" 42,8 milliards de dollars environ.

Pilule empoisonnée...

Quelles sont les options qui s'offrent à Microsoft désormais? Le groupe pourrait lancer, sans autre forme de procès, une OPA dite hostile sur le groupe internet. Compte tenu du prix qu'il a déjà proposé, les spécialistes pensent qu'elle aurait des chances de réussir, si le prédateur négocie bien avec les nombreux fonds présents au capital de Yahoo. Mais cette issue se heurte à deux écueils. D'une part, il n'est jamais bon de passer "à la hussarde" sur de tels dossiers, notamment parce que cela pourrait provoquer un exode de têtes pensantes chez Yahoo, ce que Microsoft cherche à éviter. D'autre part, il y a la présence d'une "pilule empoisonnée" dans les statuts du californien. Qu'un actionnaire indésirable en vienne à détenir 15% du capital, et l'entreprise peut émettre une flopée de titres supplémentaires, alourdissant considérablement la note pour l'acquéreur, tenu par le cadre de son offre publique de racheter la totalité des actions qui lui sont présentées.

Plus vraisemblablement, Microsoft devrait engager un bras de fer pour tenter de faire chuter la direction de Yahoo lors de la prochaine assemblée générale. Celle-ci n'a pas encore été convoquée, Yahoo cherchant à jouer la montre pour tenter de trouver une autre issue. Légalement, la société est cependant tenue de le faire dans les 13 mois suivant la précédente réunion, ce qui fixe l'échéance à la fin du mois de juillet prochain. Mais des recours judiciaires pourraient retarder la tenue de l'assemblée. Pour Steve Ballmer et ses troupes, la stratégie consiste à proposer de nouveaux dirigeants favorables à la fusion en remplacement de l'équipe actuelle, et à convaincre les actionnaires de les élire. Ce faisant, les négociations pourraient démarrer et les dirigeants acquis à la cause de Microsoft auraient la possibilité de faire annuler la "pilule empoisonnée". Mais le chemin est encore long et rien ne dit que le groupe de Redmond se montrera suffisamment persuasif pour provoquer la chute de l'équipe de direction actuelle. En cas d'échec, qui sonnerait comme un désaveu, le colosse se retrouverait presque inévitablement dans une impasse, sauf à revenir, la tête basse, avec une offre plus généreuse.

La seule alternative stratégique?

Car de l'avis des analystes, Microsoft n'a pas vraiment d'alternative s'il veut réellement marcher sur les plates-bandes de google, qui a déjà commencé à envahir les siennes. Heather Bellini, spécialiste du secteur chez UBS, pense qu'en dernier recours et quel que soit le scénario, le groupe de Steve Ballmer relèvera son offre. "Même si Microsoft tente d'abaisser le prix de l'opération ou jette l'éponge, nous nous attendons éventuellement à ce qu'ils reviennent à la charge et relèvent leur offre afin de réaliser la transaction de façon amicale", écrivait-elle la semaine dernière dans une étude. Même analyse chez Citigroup, dont les spécialistes ne croient pas que Microsoft abandonnera l'opération. Initialement, l'offre valorisait Yahoo quelque 31 dollars par action. Dans une récente présentation triennale, Jerry Yang avait avancé une valorisation de 40 dollars par action pour son entreprise. A cette échelle, le désaccord entre Yang et Ballmer sur la valeur de Yahoo se monte à la bagatelle de 9 milliards de dollars.


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